Tricky / Different When It’s Silent
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CHRONIQUE ALBUM (Été 2026). Le "co-inventeur" du trip-hop - si on peut lui en attribuer la paternité - a publié cet été un grand disque torturé et torturant, hanté par la disparition de sa fille, Mina. Un album, son 15ème en solo, qui convoque les ombres de Joy Division, The Cure, etc.
Tricky
Different When It’s Silent
(False Idols) – 17 / 07 / 2026
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Ceux qui ont vu Apocalypse Now, le film de Coppola, ne peuvent pas ne pas se souvenir de Marlon Brando, dans la pénombre, répétant ce mot « The horror ! The horror ! » dans le rôle du Colonel Kurtz. Eh bien, toutes proportions gardées et en transposant cette scène à l’univers de la musique, c’est l’effet que me fait Tricky, en particulier sur ce dernier album (Le combientième ? Le 14ème ? Le 15 ème depuis le chef-d’œuvre inaugural qu’était Maxinquaye en 1995). C’est comme si Tricky, tapi dans l’ombre, comme un crocodile géant, élaborait une musique qui ne pouvait que distiller de l’angoisse, une forme de tension maximale, une violence rentrée, le tout pourtant avec des éclats de douceur, de joie, voire de purs shoots de béatitude. Je ne sais pas à quoi carbure ce vieux dinosaure mais difficile de ne pas se laisser happer par le charme insidieux de I’m Yours, sorte de chanson d’amour fracturé (« I’m Yours / You are Mine / I’m Yours / You are Mine ! »), où The Cure fait affaire avec la dance-music, où le trip-hop donne envie de trépigner sur des tombes. Rien que pour ce titre, l’album Different When It’s Silent vaut la peine de s’y plonger. C’est vrai que par le passé, un peu comme sa consœur Björk ayant émergé à la même période, les albums de Tricky se succédaient, se succédaient, se succédaient... Mais, las, quand on avait un peu de temps, on y jetait une oreille polie, mais le plus souvent, on passait à autre chose comme si le co-inventeur du trip-hop (si l’on peut dire que ce courant musical a été inventé), ex-membre de Massive Attack, avait perdu sa faculté de transmuter la boue, la merde, en or. Enregistré en la France et Bristol, ce 15ème album (entretemps, j’ai vérifié !), le reconnecte avec les fondamentaux d’une « musique » qu’il a abondamment concouru à définir. Il y a donc l’hymne I’m Yours, mais le premier single extrait du disque, le morceau Out of Place, qui figure ici en toute fin de l’album et partagé avec la chanteuse Marta, donne aussi entendre un Tricky bien équilibré, en appui, prêt à boxer, défourailler avec l’auditeur. Toujours ce mélange salé/sucré, hargne/douceur. Comme si la musique de Tricky ne pouvait être pensé qu’en ambivalence, un pied dans la tombe, l’autre dans la vie. Un peu dans la lumière, en plein soleil, beaucoup dans l’ombre, plutôt version pénombre. En tout 14 titres, collisions entre hip hop, soul, post-punk, et blues… Mais de So Cold à Paris Maybe, en passant par Radana, l’oreille ne cesse d’être dérouté, attiré puis repoussé. Pour reprendre les mots du colonel Kurtz dans Apocalypse Now, on pourrait se mettre à psalmodier : « The splendor ! The splendor ! » Grand album torturé et torturant, ce Different When It’s Silent est de l’étoffe de Pornography de The Cure, de Unknown Pleasures de Joy Division, de Mezzanine de Massive Attack ou encore de Lives Outgrown de Beth Gibbons. Ce genre de disques que l’on se fait recommander par un ami, un bon ami. Considérez-moi comme votre meilleur ami…
Frédérick Rapilly
- Disponible en vinyle, CD et streaming sur toutes les plateformes

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