Ghinzu - W.O.W.A.
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CHRONIQUE (2026). « Plus on coupe, plus il s’aiguise… » C’était le slogan de la marque de couteaux Ginzu à laquelle le groupe bruxellois a emprunté son blaze lors de sa formation en 1999. Force est de constater que l’adage semble inexact. En effet, il s’est passé dix-sept années depuis la sortie de Mirror Mirror, le troisième album du groupe en 2009, autant dire une éternité à l’échelle du rock, ou plutôt de l’indie-rock. On ne sait pas trop ce qu’a fait John Stargasm, le leader de Ghinzu, et ses camarades, mais s’ils n’ont pas beaucoup « coupé », leur musique s’est pourtant affûté, et cela s’entend dès l’introduction du disque avec le titre qui donne son nom à l’album, When Other Words Await. Tranchant, le morceau l’est. Avec une sorte d’emphase à la Radiohead qui lui donne de l’ampleur et de la résonnance (le morceau dure plus de 7 minutes…). De son côté, Ghinzu dit revendiquer parmi ses influences, notamment pour ce disque, des groupes comme Queen, Nirvana ou The Melvins… Ah bon ? J’avoue ne pas y avoir pensé un instant en écoutant les 13 titres de W.O.W.A. même si le groupe belge réussit – c’est vrai - à condenser, compresser sens mélodique et puissance (Queen + Nirvana = Ghinzu ?). Alors, oui, les chœurs « chelou » de l’énergique Snow White peuvent surprendre, tout comme le traitement de la voix de Stargasm, mais l’ensemble donne plutôt l’impression – pour prendre une image un peu marquante - d’écouter la charge compacte d’une brigade ou plutôt d’une mini-horde de guerriers huns, cavalant à grand galop, piques en avant, sabres brandis vers le ciel (pour reprendre l’idée d’aiguisage), et prêts à se jeter, se fracasser sur un rempart ennemi. Produit par Dave Sardy (Band of Horses, ZZ Top, Fall Out Boy), enregistré entre la Belgique et les États-Unis, W.O.W.A. brasse large, très large, et donne à entendre un rock tendu, angoissant, écorché, rehaussé d’électronique (Snow White, Out of Control, Morning Lights…), mais aussi des plages plus apaisés (Forever, Mathias is Gone, Apologies…) avec un gros travail sur les textures, les ambiances, qui donnent à ce disque une sorte d’aura crépusculaire, un côté très cinématographique qui aurait pu plaire à feu David Lynch. Avec Death Race, Ghinzu n’est plus dans l’aiguisage mais dans le tronçonnage. Imaginez ce morceau utilisé sur la bande son du film Drive (celui qui avait révélé Ryan Golsling au grand public en 2011) à la place du lancinant Nightcall de Kavinsky, et l’on passerait dans une autre dimension, un autre univers, digne de Mad Max avec le bitume qui fume et les guitares qui fusent. Le disque s’achève sur un Breathless, histoire de reprendre un peu son souffle comme son titre en anglais ne l’indique pas, et de repartir sur un Re-Play, une nouvelle écoute. En voiture si possible… On ne saurait pas l’expliquer mais ce W.O.W.A. donne envie de mettre la clé dans le contact, d’appuyer sur l’accélérateur et de filer de nuit à bonne allure (mais dans les limites autorisées) sur l’autoroute des vacances, si possible très loin, à travers des étendues désertiques. Avec le bouton du volume tournée à fond. Bon voyage !
Frédérick Rapilly
Ghinzu - W.O.W.A.
(Pias) – 29 / 05 / 2026 😀😀😀😀°°
- Disponible en CD, vinyle et en numérique

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