The Liminanas & Laurent Garnier / De Pelicula

CHRONIQUE (2021). La collaboration à distance entre les rockers Perpignanais et le DJ né à Boulogne-Billancourt a accouché d’un album rock mais orienté vers la transe. La bande originale pour un film imaginaire où la violence serait toujours à deux doigts d’exploser. Un équilibre de la tension qui n’empêche pas de taper du pied et de secouer ses cheveux (si l’on en a encore). 

... C'EST QUI ? 

L'association pas si improbable entre d'un côté le duo psyché-rock des Perpignanais de The Liminanas reconnu à l’étranger avant que la France ne les découvre, et de l'autre le vieux maître des beats, le Yoda des platines, Laurent Garnier. Avec en cerise(s) sur le gâteau : les voix de Bertrand Belin, et d’Edi Pistolas du groupe punk chilien Panico.  

... ET C'EST COMMENT 

Si le disque a pour titre De Pelicula, ce n'est pas un hasard et le premier sentiment qui se dégage de cet album, c'est d’abord celui d'une bande originale idéale concoctée pour un film qui aurait pu être réalisé par Quentin Tarantino, ou encore mieux par son alter ego finlandais Aki Kaurismäki. Une sorte de road-movie un peu foutraque, balayé par la poussière du désert avec des buissons de tumbleweeds séchés traversant en roulant sur eux-mêmes le paysage, un endroit où l'on ne s’étonnerait pas de tomber nez-à-nez soudain avec d'étranges bonhommes en longs manteaux noirs à l’air patibulaire. Le fil rouge de cet album décliné en 12 titres (dont une version Edit de Que Calor !) est l’histoire d’amour fantasmatique d’un gamin nommé Saul qui tombe amoureux d’une certaine Juliette. Un prétexte pour embarquer dans ce disque de rock déstructuré à l’envie par Laurent Garnier, frisant le krautrock (normal pour une salade de choux, même allemande, de friser, non ?), et très orienté vers la transe. Comme l’enfantin et jubilatoire Que Calor ! où le chant en espagnol plein de morgue d’Edi Pistola amène immanquablement un petit sourire aux lèvres. Le genre de tube idiot qui vous retourne la tête et vous fait taper du pied sans même que vous vous en rendiez compte. Saul qui ouvre le disque pose les fondations, et ambiance direct avec son groove implacable et la voix de Lionel des Liminanas. Très Gainsbourg. D’ailleurs, le musicien ne se cache pas d’avoir été marqué à vie par les écoutes répétées de Histoire de Melody Nelson, une influence que l’on retrouve dans certains titres comme le mi planant mi inquiétant Juliette. Un autre titre, assez différent de Que Calor !se détache de cet album : Au début, c’était le début. Un morceau de garage rock rehaussé d’un soupçon d’electro dont s’empare le chanteur breton Bertrand Belin à la voix si reconnaissable pour une sorte d’hymne fatigué évoquant à la fois Nick Cave et Alain Bashung. Pas forcément inoubliable, mais quand même… Il y a dans ce titre une noirceur désabusée qui capte l’auditeur. Au final, De Pelicula ne fait pas exploser le compteur, ne révolutionne pas le genre mais se pose là. En équilibre, comme si les danseurs techno de l’événement Burning Man avaient un jour fait la rencontre avec les pistoleros d’Il Etait Une Fois Dans l’Ouest. Et avaient fini par copuler et engendrer une descendance. 

Frédérick Rapilly

Cote d’amour = 60 %

Rock/Electro. De Pelicula, Because Music, sept. 2021

The Liminanas & Laurent Garnier / De Pelicula
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog